Auteur : Manu aka KFM

Stage du 26/05: « L’ouverture »

Après de nombreuses années passées à ajuster mon corps, je pensais être arrivé à un niveau correct, je me trompais.

 

Le sens commun d’un des principaux ajustements dans les arts internes, la colonne vertébrale, est qu’elle doit être étirée depuis le sommet de la « couronne martiale » jusqu’au coccyx. C’est exact mais très incomplet, le véritable enjeu n’étant pas tant l’étirement de la colonne vertébrale que son ouverture, je m’explique.

L’articulation de la hanche de profil

Le rôle mécanique de la colonne vertébrale est je cite « chez l’Homme, elle supporte la tête et transmet le poids du corps jusqu’aux articulations de la hanche« . Pour permettre aux muscles de se relâcher profondément (song), il faut que cette transmission se fasse de la manière la plus efficace possible: une ligne droite orthogonale par rapport au sol.

Notre question revient donc à dire: « comment effacer au maximum les courbures de la colonne vertébrale ? » Si l’étirement est un premier paramètre, le second est beaucoup plus compliqué, il s’agir d’ouvrir la colonne vertébrale. Cette ouverture se fait essentiellement (mais pas seulement) à partir de deux point bien connus: « Ming men » (le bas du dos) et « Yui Gen » ou « l’oreiller de jade » (la nuque).

Ming Men

En étirant (vers le haut et vers le bas) la colonne vertébrale et en « ouvrant » les courbures naturelles du dos, vous allez aplanir la colonne et gagner en verticalité.

Les effets de la rétroversion du bassin sur les courbures dorso-lombaires

Une fois ces ajustements effectués (et au bout de quelques années de travail tout de même), le sens des classiques fait surface: l’impression d’être vouté alors que l’on est vertical, la poitrine vide « en tonneau », les bras lourds au point d’avoir le sentiment de ne plus pouvoir les bouger etc etc

Ce sont ces ajustements (et bien d’autres) qui constitueront le thème de notre prochain stage, l’objectif terminal étant de travailler dans le sens de la « forme de corps taichi ».

 

A bientôt

 

Pour nous suivre: https://www.facebook.com/hmeparis/

 

Les 6 niveaux de « song »

Ceci est une traduction plus ou moins littérale d’un post de Sifu sur les 6 niveaux de Song (l’original est en bas de page). C’est un bon indicateur de la progression au sein de la méthode.

 

Récemment Song est revenu dans les conversations et j’ai mentionné les 6 niveaux de Song dans notre tradition. J’ai donc pensé partager ce document de Steffan sur le sujet.

 

Les 6 niveaux de Song

 

鬆開 Song Kai – « song » par ouverture .. ouvrir les articulations et relâcher les muscles pour que le Qi puisse commencer à bouger.

Un exemple d’exercice d’ouverture

 

Chen 沉 Song Chen – « Song » Coulant (sombrant ?) .. détendre tout le corps, mais surtout les organes internes de la région de l’aine afin que le Qi puisse « couler » (sombrer ?) vers le Dan Tian, ​​puis relâcher les jambes afin que le Qi puisse couler (sombrer ?) vers les pieds.

鬆散 Song San – « Song » Dispersant … atteindre ce niveau signifie que vous êtes capable de disperser le Qi aux membres. Cela ne peut arriver qu’une fois que le Qi s’est enfoncé jusqu’aux pieds et a créé une vague de « remplissage » connue sous le nom de Peng … le Qi n’atteindra jamais les doigts tant que vous n’aurez pas atteint ce niveau de Song.

Une vidéo de Sifu illustrant Peng et les principes associés (Lu, Ji et An)

鬆 淨 Song Jing – « Song » propre (également connu sous le nom Fang Song 放鬆 – complètement détendu ou pur « Song ») .. ce niveau signifie que vous avez tellement détendu votre esprit que vous pouvez revenir à l’état d’esprit d’un bébé, négligent et sans souci. Cette étape est nécessaire pour Shen Ming ou l’état d’esprit relaxant ou sans crainte de la mort.

Tong 通 Song Tong – « Song » Communiquant… ce niveau signifie que vous pouvez rester « Song » en recevant la force de vos adversaires et en le renvoyant directement sans contracter le moindre muscle. « A l’extrême fin du doux se trouve ce qu’il y a de plus dur » … votre adversaire ne trouvera jamais le dur à la fin de votre doux jusqu’à ce que vous atteigniez cette qualité de Song.

Kong 空 Song Kong – « Song » Vide.. c’est l’état le plus élevé et est la base de la phrase « Moi seul connais l’adversaire et il ne me connaît pas. » Dans cet état, vous pouvez désactiver la capacité de votre adversaire à Ting (en court-circuitant essentiellement son système nerveux) et attaquer librement. Les 3 premiers sont un entrainement pour Song. Le 4ème est une qualité finale de Song « statique ». Les 2 derniers sont les niveaux avancés de Song « dynamique » ou « Song » pour le combat

Un exemple de « court circuitage » à travers le principe « stick, adhere, join, follow »

 

Le texte original

 

1.鬆開 Song Kai – Opening « Song » .. opening the joints and relaxing the muscles so that the Qi can begin to move.

2.鬆沉 Song Chen – Sinking « Song » .. relaxing the whole body but especially the internal organs to the groin area so that the Qi can « sink » to the Dan Tian and then relaxing the legs so that the Qi can sink to the feet.

3.鬆散 Song San – Dispersing « Song » .. reaching this level means that you are able to disperse the Qi to the limbs. This can only happen once the Qi has sunken to the feet and created a return wave of enfilling known as Peng … the Qi will never reach the fingers until you achieve this level of Song.

4.鬆淨 Song Jing – Clean « Song » (also known as Fang Song 放鬆- completely relaxed or pure « song ») .. this level means that you have relaxed your mind so much that you can return to the state of a baby’s mind, careless and free of worry. This stage is necessary for Shen Ming or the state of the spirit relaxing or not worrying that you may die.

5.鬆通 Song Tong – Communicating « Song » .. this level means that you can remain « Song » while receiving your opponents force and sending him straight back out without tensing the slightest muscle. At the end of the softest soft is the hardest hard … your opponent will never find the hard at the end of your soft until you reach this quality of Song.

6.鬆空 Song Kong – Empty « Song » .. this is the highest state and is the basis for the phrase « I alone know the opponent and he does not know me. » In this state you are able to turn off your opponents ability to Ting (essentially short-circuiting his nervous system) and attack freely. The first 3 are training for Song. The 4th is a final quality of « static » song. The last 2 are the advanced levels of « dynamic » song or « song » for fighting

A bientôt !!

Suivez nous sur Facebook: https://www.facebook.com/hmeparis/

 

Heaven Men Earth Paris

Notre école est affiliée à Heaven Men Earth International. Nous pratiquons, sous la tutelle de sifu Adam Mizner, le taichi style Yang dans la continuité des enseignements de sifu Huang Sheng Shyan.

L’enseignement est dispensé un samedi sur deux, sous forme de stage (09h30-17h30) à proximité du bois de Vincennes. Il se décompose de la manière suivante:

– « Tirer la soie » (ouverture articulaire)

– Postures (enchainement de position statique destiné à former le corps à la pratique du taichi)

– Song gong (exercices pour développer le mouvement interne)

– Poussées (exercices de redirection de force)

– Tuishou (exercices de poussées de mains avec partenaire)

– Forme (enchainements de postures destiné à permettre l’expression en dynamique des principes du taichi: les huits portes)

 

Informations pratiques: hme.paris@gmail.com ou sur Facebook: https://www.facebook.com/hmeparis/

 

A bientôt

 

Questions et réponses avec Sifu Adam Mizner

Ce texte revu et corrigé est issu de la traduction en français d’une série de questions et réponses formulées à sifu Mizner lors d’une séance live sur facebook. Un grand merci au traducteur (Kuma bushi sur FB) pour ce considérable travail !!

 

 

maxresdefault

 

Bonjour !

Je n’ai jamais fait ça avant, espérons donc que ça se déroulera tranquillement et que nous n’aurons pas de gros problèmes techniques. Les gens qui sont souvent avec moi posent des questions sur toute sorte de sujet, et c’est tout simplement trop de questions tous les jours. Alors j’ai pensé faire une discussion ouverte à tous, parce que j’ai tendance à recevoir le même genre de questions de tout le monde, et que ça prend trop de temps de répondre à chacun individuellement. J’espère que certains d’entre vous ont préparés et sont prêt à poser des questions intéressantes. Je veux simplement avoir une discussion… je vais juste vous donner quelques minutes pendant que tout le monde se connecte, et si les questions commencent à venir, je vais commencer. Si vous avez quelque chose à demander, postez-le simplement dans les commentaires et je ferais lire un de mes étudiants ici pour ne pas être trop distrait en lisant les commentaires, et ensuite je vais essayer d’en parler si j’ai quelque chose à dire sur le sujet. C’est assez tôt ici, d’habitude je suis assis en méditation à cette heure, donc c’est un peu étrange de parler à la place…

Nous avons le premier commentaire :

Question : Comment liez-vous la méditation et la pratique du Tai Chi ?

Beaucoup de gens savent que je pratique la méditation et m’interroge sur la façon dont je lie les deux. Et si je pense qu’ils doivent être liés, comment ils entrent en relations et toutes sortes de choses comme ça…

La vérité est que je les garde séparé, dans le sens que je les pratique séparément et que je les enseigne séparément. Quand nous pratiquons la méditation, nous pratiquons la méditation, quand nous pratiquons le tai chi, nous pratiquons le tai chi.

Lorsque des étudiants viennent vers moi, en fonction de ce qu’ils désirent, je leur enseigne en conséquence. Certaines personnes sont plus intéressées par le développement mental, donc je leur enseigne la méditation. Certaines personnes sont plus intéressées par le Tai Chi alors je leur enseigne le tai chi, l’un nourrit l’autre.

Le Tai Chi Chuan ne concerne pas seulement le développement physique, nous devons aussi développer le corps, le « qi » et l’esprit (mind). L’esprit gouverne tout, si l’esprit n’est pas développé, si l’esprit est dispersé, distrait et brisé, alors le « qi » et la force (power) le seront également .

Pour la méditation, peu importe l’école, peu importe la méthode, la qualité essentielle est l’esprit. Avec la pratique, l’esprit devient silence, cela vous permet de voir clairement, la « claire vision » est l’aspect du « Shen » qui vous permet d’avoir accès au « ting », si vous n’avez pas de « ting », nous savons tous que votre Tai Chi Chuan sera très limité.

Donc sans l’attention de l’esprit, il est très difficile d’arriver à quoi que ce soit, de savoir ce qu’il se passe, d’écouter votre partenaire, d’écouter votre propre corps. Les qualités méditatives de l’esprit vous donnent aussi une meilleure concentration, ainsi la concentration augmente la puissance de votre « yi ». Votre « yi » et votre « ting » deviennent plus puissants par la pratique de la méditation. Mon opinion personnelle est que la meilleure voie est de pratiquer les deux, la vacuité à travers la pratique assise plutôt que par le Tai Chi Chuan. Mais il y a des maîtres qui dans le passé ont développés toutes les compétences, toutes les capacités mentales (mental powers) provenant du Tai Chi Chuan simplement en pratiquant le Tai Chi Chuan, donc la méditation assise n’est pas à 100% nécessaire. Cela est le simple constat de ma propre expérience, le moyen le plus efficace pour parvenir à un bon niveau. Maintenant, vous ne pouvez pas passer toute la journée assis seulement à  méditer et vous ne pouvez pas passer toute la journée à travailler les formes du Tai Chi. Donc je trouve qu’il est plus efficace de pratiquer les deux, l’un ne débordant pas sur l’autre. Quand je suis fatigué physiquement, je peux faire plus de méditation, et quand je suis fatigué d’être assis sur le tapis, je peux faire plus de tai chi chuan, de cette façon tout s’équilibre.

 

Question : est-ce que vous pourriez nous proposer une routine quotidienne ?

Si vous pratiquez ma méthode, alors je suggère que vous suiviez simplement la méthode. Maintenant, le problème est qu’il y a tellement de techniques, d’objectifs et d’exercices, que vous ne pouvez pas tout faire en un jour. Donc en fonction de votre niveau, vous devriez vous concentrer en conséquence.

Ceci dit, j’enseigne presque toujours pendant les cours ou autre dans le même format. La première chose est toujours l’ouverture du corps, cela signifie une sorte d’ouverture des articulations, de relâchement, de libération du corps, et ceci avant chaque session.

Aussi nous pratiquons toujours la posture debout, nous la pratiquons pour descendre (sink) le « qi », pour corriger notre structure, faire descendre le « qi » est simple, si vous ne  faites pas descendre (sink) le « qi », vous ne pouvez pas mobiliser le chi. Non?! Comment alors pourriez-vous faire du Tai Chi Chuan?

De manière générale, faire descendre le « qi », est la première chose que vous devez faire, et ce pendant plusieurs années. Puis, ensuite quand vous avez atteint cela, vous apprendrez à mobiliser le « qi » et développer les énergies (make the powers).

Vous devez mettre l’accent dessus pendant l’entraînement quotidien. A chaque cours, la première chose que vous devez faire est de faire descendre le « qi ». J’ai donc tendance à enseigner et pratiquer l’ouverture du corps, puis la pratique debout, donc c’est là une routine de base.

Ensuite, Il faut commencer à bouger et à mobiliser le « qi » et relâcher (song)  l’intérieur du corps. Vous pouvez le faire avec des exercices de « Song Gong », ou à travers la pratique de la forme en fonction de votre temps. Je recommande la pratique d’ouverture du corps, la pratique des « Song Gong », puis la pratique de la forme pour une session complète. Si votre temps est limité, vous pouvez choisir soit la forme ou les « song gong ».

Maintenant certaines personnes me disent : « que diriez-vous si je pratiquais de petit morceaux tout au long de la journée, dix minutes ici, 20 minutes là ?! » Ok! Mais honnêtement, ce n’est pas comparable, vaut mieux quelques heures d’affilées ou au moins une heure. Une heure de formation sérieuse est de loin plus bénéfique que trois sessions de 20 minutes tout au long de la journée, vous commencerez vraiment à entrer dedans et commencerez à intérioriser, et alors il y aura plus de  profondeur que lorsque vous faites de petites séances. Il faut du temps pour que l’esprit pénètre dans le corps, et pour arriver à quelque chose de qualité. Disons que si cela prend 15 minutes pour arriver à cet état, et que vous vous êtes seulement entrainé pendant 20 minutes, cela signifie que seulement 5 minutes ont été réellement bénéfiques.

A présent, vous devez vous concentrer sur ce que j’appelle les bases, les bases fondamentales ne sont pas des pratiques de débutants. Mais tout ce que vous faites devrait être basé dessus, peu importe le niveau auquel vous êtes.

Voilà ce que devrait être votre entrainement, ensuite vous pourrez vous entrainer avec un partenaire si vous le voulez.

De mon point de vue personnel, la pratique en solo est beaucoup plus importante que la pratique avec un partenaire, celle-ci est seulement un bonus supplémentaire. En pratique, vous devriez plutôt travailler sur des exercices de routines (drills) que de faire de la poussée libre.

L’un des plus grands problèmes que j’ai rencontré dans les cercles de Tai Chi Chuan autour du monde est qu’ils « jouent » à la poussée des mains, ils se rencontrent avec leurs copains, et c’est comme un événement social, et tout le monde peut pousser avec chacun et se tortiller autour, et c’est charmant, et c’est amusant, et on rigole autour d’une tasse de thé… Mais ce n’est pas l’entrainement du Tai Chi Chuan, il « jouent » à la poussée des mains, rien de plus. L’entrainement consiste à faire les exercices (drills), les exercices (drills) construisent les compétences.

La poussée des mains ou la poussée libre est là pour tester les compétences que vous avez développées par votre entrainement. Le problème est très simple, quand vous « jouez » tout le temps, vous ne vous formez pas entièrement. Vous devriez vous entrainer la plupart du temps et faire les exercices (drills), et « jouer » de temps en temps pour tester où vous en êtes, chaque semaine ou deux semaines, avec un ami, ou encore mieux avec quelqu’un que vous ne connaissez pas. La poussée libre est juste un moyen de voir où vous en êtes et de voir si vous pouvez appliquer les exercices (drills) et les méthodes que vous avez développés.

Si dans vos poussées libres, nous ne voyons pas les mouvements de la forme, si nous ne voyons pas les huit énergies, si il n’y pas « peng-lu-ji-an », vous faites juste quelque chose qui ressemble à… Vous croyez faire un truc comme les mains collantes, mais vous savez que votre  entrainement n’a pas porté ses fruits…

A présent vous devez faire attention à l’habitude de toujours blâmer les causes extérieures et de ne pas regarder en vous-même. Nous devons nous regarder en face, et nous dire : « d’accord, je ne me suis pas entrainé de la bonne manière », honnêtement. « Et je dois retourner en arrière plutôt que de jouer ».

Pour résumé, ouverture du corps, posture debout pour faire descendre (sink) le « qi », les exercices de relâchement, « Song Gong », ou la pratique de la forme. De préférence ensemble, pour à la fois mobiliser le « qi » et déplacer le « qi » dans tout le corps, puis des exercices avec partenaires. Voilà ce que je recommanderais.

 

Question : Qu’est-ce que l’enseignement de la méditation ? Idéalement, donnez-vous juste une leçon unique, ou y a t-il des ajouts au fur et mesure de la pratique. (…) Une autre question au sujet de la méditation, est-ce une bonne idée de pratiquer la méditation debout pendant longtemps avant de commencer la forme ?

 

Ok! Je vais d’abord commencer avec la seconde partie de la question et aboutir à la question initiale.

Tout d’abord, concernant la posture debout comme nous la pratiquons en Tai Chi Chuan et dans d’autres arts martiaux internes, n’est pas de la méditation. Associer la posture debout à de la méditation est selon moi une erreur. C’est un « nei-gong », pas de la médiation. Nous sommes physiquement immobile, calme, nous cherchons le mouvement interne, la descente (sinking) du « qi ». Si c’était de la méditation, nous serions à la recherche de l’immobilité  interne, il est donc important de séparer cela dans la compréhension et la pratique. Le travail de la posture est un « nei-gong », les objectifs à atteindre ne sont pas les mêmes, vous ne développez pas les mêmes compétences (qualities) que dans la méditation elle-même.

Concernant la pratique du « nei-gong », et la question : est ce que nous devons pratiquer longtemps ? Je ne crois pas, non, certainement pas. D’après mon expérience, avec toutes les personnes que j’ai rencontré qui pratiquent toujours la posture pendant de longues périodes, cela ne peut être le cas. Mais avec tous ceux que j’ai rencontré, toujours cette superstition…  je n’ai jamais vu quelqu’un qui se tient debout pendant de longues périodes être relâché et « song », seulement détendu. Maintenant il est assez facile de comprendre que si vous vous tenez debout pendant une longue période, vous devenez raide.

A mon avis, il n’y a pas de perte avec une posture de 20 à 30 minutes. Je ne recommande jamais à mes élèves de faire plus, nous avons tendance à faire 25 minutes par session. Les compétences (qualities) à atteindre : relâchement, «song», faire descendre (sink) le « qi », rendent l’exercice très intense… C’est ma simple expérience.

Je vois beaucoup de personne « on-line », ils veulent venir et me disent comment ils s’entrainent. Puis ils viennent s’entrainer et quelques jours après ils comprennent ma méthode, c’est 10/15 minutes, après 10/15,  ils ont le feu aux fesses. Ce qui importe dans le « nei-gong », c’est la perception du mouvement intérieur de la descente (sinking) du chi, plutôt que le prolongement de la pratique et d’être mentalement blasé, mentalement vide, ou dériver mentalement, ou de rester planter là à attendre que l’énergie (power) vienne…

Rappelez-vous, que les personnes travaillant dans un supermarché sont relativement immobile pendant 10 heures par jour, mais  ils n’ont pas pour autant de kung-fu. Se tenir debout ne donne toujours pas de kung-fu. C’est le travail intérieur qui fait le kung-fu. Il ne s’agit pas de le faire sur une longue période, mais de le faire correctement. Et si vous pratiquez seulement 5 minutes correctement en cherchant le calme, vous obtiendrez bien plus de résultat.

Beaucoup de gens font une erreur, et pense qu’il réussisse, que la posture  s’améliore, ça devient facile : « Sifu! J’ai réussi! Pendant la posture, je me sens flotter comme un nuage ! » Ou quelque chose comme ça…  et c’est exactement la mauvaise direction!

C’est exactement ce que vous devez éviter, cela signifie que vous ne progressez plus, que le « sink » ne progresse plus,  que le relâchement ne progresse plus, vous avez dérivé dans votre zone de confort… Donc si c’est pour pratiquer pendant deux heures de cette façon, autant vous allonger et faire une sieste.

La pratique devrait être amère à chaque instant,  vous devriez travailler pour travailler vraiment, et ressentir que quelque chose se passe à chaque instant, si vous perdez votre temps, ce n’est pas de l’entrainement, c’est juste une récréation.

 

Question: (première partie de la précédente question) Qu’est-ce que l’enseignement de la méditation ? Idéalement, donnez-vous seulement un enseignement unique, ou faites vous des ajouts au fur et mesure de la pratique ?

Je suppose que vous faites référence à ma façon d’enseigner la méditation, parce que tout le monde, bien sûr, enseigne différemment. Je pourrais dire avec exagération que je connais des centaines de méthodes de méditation. Et je crois qu’il n’y a pas de réponse unique, il n’y a pas une technique qui convienne à chaque personne, il n’y a pas une technique que vous pouvez pratiquer toute votre vie. Il y a des niveaux (skills) fondamentaux et des niveaux (skills) plus avancées qui sont construit autour des fondamentaux et cela continue encore et encore pendant très longtemps.

Cependant, le problème est, qu’avec les étudiants intéressés par la méditation, comme tous les autres étudiants, est qu’ils sont victime de l’esprit de singe, toujours distrait,  et ne peuvent s’apaiser, et ont donc cette incapacité à instaurer le calme dans leur esprit. Ils manifestent leur désir d’apprendre des centaines de méthodes de méditation, pour essayer d’autres choses.  L’enseignant leur donne alors une méthode, disons la très classique respiration. Probablement la méthode la plus universelle qui fonctionne pour le plus de gens. Alors les étudiants se mettent à la pratique. Malheureusement, généralement ils disent : « ça ne marche pas, je pense toujours, je ne peux pas méditer », parce qu’ils réfléchissent de trop, ou ils pensent que c’est la méditation elle-même qui les rend plus distraits. Parce que maintenant ils voient soudainement leurs pensées, avant ils étaient en permanence distraits. Maintenant il se regarde en face, et : « Oh ! Mon dieu, je suis névrosé, c’est comme… », ils demandent alors à leur professeur : «  puis-je avoir une respiration différente, cette méditation ne fonctionne pas pour moi… ». Cela est juste une autre manifestation de toujours vouloir le prochain stimulus, c’est juste le même esprit de singe.

Pour cette raison, quand je commence à enseigner la méditation, je leur donne une seule méthode et je les laisse avec, je ne veux pas leur donner trop d’instructions, je ne veux pas stimuler trop leur réflexion, je ne veux pas stimuler leur imagination ou quoi que ce soit. Je veux simplement qu’ils se calment, c’est la première étape de la méditation. Si vous ne pouvez pas calmer l’esprit, alors les autres qualités que vous développerez plus tard avec d’autres méthodes de méditation ne pourront pas s’accroître, et donc même en méditant, elles seront complétement inutile. La première chose à apprendre est de simplement se taire, et de lâcher prise (stop), vous devez lâcher prise. C’est mon enseignement, lâcher prise. Quand vous vous asseyez : lâchez prise, quoiqu’ils viennent : lâchez prise, quand vous vous interrogez : lâchez prise, quand vous voulez quelque chose de nouveau, quand vous voulez vous lever du tapis, quoi qu’il arrive, lâchez prise et reposez-vous sur la méditation.

Avec le temps, vous aurez plus de facilité à apaiser votre esprit, ou à atteindre l’immobilité de l’esprit… Alors oui, il y a beaucoup de méthodes, toute ces méthodes dépendent de ce que vous voulez développer, quel chemin vous voulez prendre, quelles compétences voulez-vous développer, quel est votre but. Il est difficile de répondre à ces questions de manière générale, parce que tout le monde a des exigences différentes. Pratiquez-vous la méditation pour vous libérer de la souffrance? Pratiquez-vous la méditation pour obtenir certaines aptitudes? Pratiquez-vous pour améliorer votre Tai Chi Chuan, pour travailler avec le « qi »? Ce sont vos objectifs qui dictent les exercices.

 

Question: Un étudiant devrait-il se fixer des objectifs autres que ceux de la pratique quotidienne?

Je suppose que vous voulez dire, avoir un objectif sur une année : « j’ai réussi ceci », ou bien sur deux : « j’ai réussi cela ! ». Je suppose que c’est ce que vous voulez dire… Sur le fond, je ne peux pas y répondre directement. Tout dépend de votre personnalité. Moi, mon but est de me lever et de m’entrainer aujourd’hui. Maintenant, j’ai des objectifs de compétences globaux que je veux atteindre, mais je ne leur impose pas de limite de temps, car il n’y a pas de temps pour les atteindre. Par exemple : « à la fin de l’année, je vais atteindre l’état de « song » », non! il n’y a pas de fin. Je rejoins donc Maître Huang qui, près de son lit de mort a déclaré que « song » est sans fin.

Et c’est la même chose avec toutes les compétences, aptitudes que vous développez progressivement avec le temps, elles se développent de plus en plus profondément. Donc oui! Vous avez besoin d’objectifs, mais je ne leur consacrerais pas de temps, je ne leurs mettrais pas de limite. Oui! Je veux développer « coller » (sticking), je veux développer le relâchement, je veux être plus « vertical », je veux que ma forme soit plus connecté, je veux apprendre fajin… et c’est tout à fait normal.

Un objectif général, oui! Des objectifs spécifiques avec contrainte de temps, non!  Ne pas avoir d’objectif pour chaque jour sera beaucoup plus bénéfique pour votre progrès. Donc, mon objectif pourrait être: « je vais rester debout pendant 20 minutes tous les jours », c’est avoir un but pour avoir  but, un but maladroit, « je vais accroître mon « qi » d’ici le mois prochain », un autre but maladroit. Au début, il est difficile de définir un objectif a partir d’un endroit que vous n’avez jamais été. Si vous devez aller dans une ville, mais que vous n’y êtes jamais allé, que vous ne connaissez pas la distance, comment pourriez-vous avoir un objectif de temps pour vous y rendre, ce serait très difficile. Les gens essaient de se fixer des buts dont ils ignorent la finalité.

A présent, les conceptions intellectuelles de ce que sont les compétences (skills) et de ce que sont les aptitudes (qualities), sont inévitablement, à chaque fois, à 100% du temps, absolument incorrect.

Peu importe la distance qu’il vous reste à parcourir, vous êtes encore loin d’y arriver. Rien n’est comme nous le pensons jusqu’à ce que nous n’y parvenions. Nos idées sont de simples fabrications de l’esprit, basées sur notre expérience actuelle, qui n’a rien à voir avec l’expérience réelle, parce que par définition, c’est quelque chose venant de nous.

Donc, concernant la fixation des objectifs. Je crois fermement aux objectifs et à la progression, mais je ne crois pas aux limites de temps ou quelque chose comme ça, ou même de savoir ce qu’est réellement l’objectif à atteindre.

Les objectifs devraient plutôt être axé sur ce que vous faites, et non ce que vous voulez, ou comme je le dis toujours, se concentrer sur les causes et non se concentrer sur les effets. Si vous vous concentrez sur les causes, vous atteindrez l’effet. Si vous essayez d’atteindre l’effet sans passer par les causes, alors l’effet sera tronqué, et c’est une erreur très répandue.

 

Question : l’énergie, la force interne (power) peut-elle être développée avec la posture debout ou avec la forme, ce je que veux dire, c’est que je n’ai pas de partenaire, alors serai-je capable de développer l’énergie (power) seul ?

A propos de la pratique en solo, de la posture debout, nous développons la descente (sinking) du « qi ». Vous n’aurez pas d’énergie sans ce genre de pratique, vous n’aurez pas le « qi » exigé par le Tai Chi Chuan. Bien sûr, vous avez le « qi » qui vous garde en vie mais ce n’est pas la même chose.

Le « qi » que nous utilisons dans le Tai Chi Chuan est développé pas à pas, à travers la descente du « qi » (sinking the qi). Les formes vous enseignent comment déplacer ce « qi » dans le corps, comment le mobiliser de manière spécifique de façon à ce qu’il génère la force interne (power) ou le « Jin ». Donc la forme est un ensemble, un ensemble de mouvements ou de postures, qui agissent comme un rituel pour animer la mobilisation du « qi » dans le corps, comme « peng » ou « parer », et ainsi de suite. Donc pour développer cette énergie, la posture debout  vous donne la matière première, et la forme vous donne l’expression de cette énergie. Cependant, ce n’est pas la même chose de manifester cette énergie, cette force interne dans l’application et dans la forme. Bien sûr, si je m’entraînais seul, je m’efforcerais de faire les deux. Comme je l’ai dit plus tôt, avec la routine suivante : l’ouverture du corps, la posture debout, et la forme. Pour les étudiants débutants, la posture debout et les exercices de « song gong » sont essentiels. Et si vous deviez laisser de côté quelque chose, ce serait la forme.

 

Pour les étudiants avancés, la forme est plus importante. Dans mon entrainement, je ne fais que la forme. Donc de mon point de vue, au début, il y a beaucoup de choses à faire: les exercices de « nei-gong », le travail des principes de base, tous les « jiben-gong», la posture debout, les étirements, les exercices de coordination, toutes ces choses développent plusieurs aspects. Et tous ces aspects sont présents dans la forme. La forme fait partie d’une pratique plus avancée.

En Occident, on a tendance à penser que la forme fait partie de l’entrainement des débutants. Cependant la forme est une pratique avancée, résumons le pourquoi du comment… parce que cela a été longtemps enseigné de cette manière : les gens vont à un cours, et c’est alors la première chose qu’on leur enseigne. D’accord, vous allez apprendre cette forme, et dans quelques années, une autre forme. Alors que dans un enseignement traditionnel, vous pourriez vous entraîner pendant un an avant même d’apprendre le premier mouvement de la forme, vous feriez des « jiben gong », travailleriez les bases, vous construiriez le corps nécessaire à la pratique du tai chi chuan.

Le problème est qu’avec le corps avec lequel nous sommes né, ou même pire, le corps que vous avons construit en faisant des entraînements dit «externes », ou d’autres pratiques athlétiques, ou bien même en squattant le canapé, ce corps ne peut pas faire du Tai Chi Chuan. Dans ce cas, il ne sera jamais apte au Tai Chi Chuan. Nous devons transformer notre corps de manière qu’il soit plus adapté à notre art. Ceci ce fait à travers les « jiben gong », de sorte que nous changeons notre corps. Quand nous avons transformé le corps, nous l’appelons la créature du tai-chi et cette créature peut à présent faire du tai chi chuan. Lorsque vous avez donné naissance à  cette créature, alors vous pouvez commencer à apprendre la forme, nous tournons à gauche, vous faites « parer », etc… Cela a du sens, c’est en fait du tai chi chuan. Sans ce corps, vous ne faites que survoler les mouvements de la forme, c’est ce que nous appelons une forme vide, c’est juste vide. Et tout le monde peut articuler un corps, copier les mouvements, cela y ressemblerait, mais à l’intérieur, rien, le vide, aucune profondeur. Parce qu’il n’y a pas de « qi », pas d’utilisation du « dantien » et pas de mobilisation du « qi », parce que vous n’aurez pas compris suffisamment les fondamentaux. Pour développer l’énergie, la puissance interne, il n’y a pas de réponse unique. Beaucoup de gens me questionnent et me demandent si je peux leur donner la recette magique… En fait c’est assez simple, un système entier fonctionne dans un ensemble et s’intègre dans un ensemble pour développer les compétences et les aptitudes (skills). Il n’y a pas de recette magique, si seulement c’était aussi simple, ce serait tellement facile et merveilleux.

 

Question : pouvez-vous détailler le placement des épaules ?

Je ne vais pas révéler LA méthode, ni répondre à la question par des réponses clichées, seulement utilisé l’expression classique : « laisser tomber (sinking) les épaules ». La raison pour laquelle j’utilise cette expression, est parce que les épaules doivent effectivement être à l’endroit auquel elles appartiennent, les os doivent être dans leur emplacement naturel. La plupart des gens doivent former leur corps, leurs épaules ne sont pas là où elles devraient être, mais elles sont courbées vers l’avant, ou autres. Ce qui est assez typique d’un mauvais entrainement en Kung Fu où vous poussez vos épaules en avant, et en arrière, etc…. Au fil du temps cela endommage le corps. Travailler sur l’ordinateur fait la même chose, et c‘est assez drôle de constater qu’une soi-disant pratique athlétique vous donne la même posture difforme qu’un geek en permanence devant l’ordinateur. Un mauvais kung-fu détruira votre corps, et un bon kung fu rendra votre corps sain et libre. Donc, si vos épaules ne sont pas ouvertes, libérées, vous ne pourrez pas placer les épaules correctement, vous ne pourrez pas laisser tomber (sink) les épaules correctement. Je recommande donc de vous concentrer sur l’ouverture, la libération des épaules, alors cela viendra naturellement.

Si vous essayez des trucs spéciaux, comme pousser vers le bas, ou de faire d’autres choses fantaisistes avec les épaules, c’est à coup sûr une erreur qui ne vous conduira qu’à utiliser plus de « li », force externe. Mais si vos épaules sont ouverte (open), libre, et « song », elles vont naturellement descendre (sink) et se placer là où elles sont supposées être. Bien sûr, cela semble relativement facile, mais dans les faits c’est vraiment difficile. J’ai rencontré seulement une très petite poignée de personnes dans le monde qui ont les épaules correctement placées. Je recommande beaucoup de travail d’ouverture, de travail du corps, pour corriger la structure du squelette, et libérer les tissus mous, ainsi que beaucoup d’exercice de « song gong » pour libérer les épaules. Et alors vous découvrirez ce que cela signifie. Bien sûr l’instruction pratique est la clé, par des corrections manuelles qui peuvent vous montrer les nano-erreurs dans le positionnement de vos épaules. Le but étant de ne plus avoir de force dans les épaules. Si vous consultez les classiques au sujet du « Jin » : il prend racine dans les pieds, est contrôlé par la taille et s’exprime dans les doigts. A aucun moment il ne mentionne les épaules… Ok ! C’est donc comme si nous n’en avions pas, alors si vous faites un usage excessif de vos épaules, c’est une grosse erreur. Relâchez, libérez, soyez « song » et laissez les épaules descendre (sink).

 

Question : La natation est-elle mauvaise pour le Tai Chi? Et que serait une pratique acceptable qui n’aurait pas d’impact sur le Tai Chi?

Les gens s’interrogent toujours à propos de l’entraînement de type cardio et comment ça se passe avec le Tai Chi, ou comment faire des push-up, ou d’autres choses du genre. La première chose que je dis toujours est que vous devez équilibrer votre propre style de vie, nous avons tous des objectifs différents, tout le monde ne veut pas devenir une bête du Tai Chi.

Et cela importe un peu si les gens veulent avoir l’air sexy sur la plage et s’ils font des « sit-ups ». Vous devez équilibrer votre style de vie en fonction de vos objectifs. Je ne peux pas le faire pour vous, personne ne peut le faire pour vous. Cependant, nager à mon avis ne pose absolument aucun problème, c’est un excellent exercice. Et si je devais recommander un exercice de cardio pour le tai chi ce serait celui-ci. Lentement, cela ne crée pas de grande tension, vous ne comprimez pas les articulations, vous décompressez les articulations. Je pense que ce n’est pas un problème.

Maintenant, bien sûr, nous n’avons pas des heures extensibles dans la journée, nous devons faire des choix, nous devons établir des priorités. Comment gérer notre entrainement, quelle partie de l’entrainement est plus importante pour nous. Le fitness est-il le plus  important pour vous? Ou est-ce que la gymnastique est le plus important pour vous? Que voulez-vous? Et établissez vos objectifs en conséquence. Mais la natation est très fortement recommandée, à coup sûr l’un des meilleurs exercices.

 

Question : Pensez-vous que « fa» (émettre) devrait être une partie récurrente de la poussée des mains,  et si l’on devrait l’inclure dans notre entrainement du Tai Chi ?

Le but de la poussée des mains est de développer l’ensemble des compétences : coller, lier, adhérer, et suivre. C’est essentiel! Donc si vous pratiquez en essayant d’émettre la force, « fa», sans « coller, lier, adhérer, et suivre », vous êtes sans aucun doute sur le mauvais chemin.

« Coller, lier, adhérer, et suivre » est un ensemble de compétences plus important que « fa ». Donc si vous avez véritablement acquis « coller, lier, adhérer, et suivre », et non des trucs comme simplement suivre les mains, coller les mains… Si vous savez véritablement « coller, lier, adhérer, et suivre », alors « fa » est à portée de main à tout moment. Et je veux dire littéralement à tout moment, à volonté, donc bien sûr vous allez parfois réussir « fa », pourquoi pas ?!

« Fa » est l’expression des compétences acquises (coller, lier, adhérer, et suivre). « Fa » est l’expression de la force interne. C’est ainsi que nous manifestons la mobilisation du « qi » dans le corps. Classiquement, « fa » est souvent démontré par les maîtres de l’interne, car assez spectaculaire, et que vous pouvez le voir. Alors que la plupart des compétences dites internes sont cachées par définition, elles sont à l’intérieur, et elles sont difficiles à percevoir. « Fa » est facile à voir, et est une démonstration du mouvement du « qi », du développement du « nei-jin », le Jin interne, d’une manière qu’un œil extérieur puisse voir cette manifestation. C’est une compétence essentielle. C’est aussi un moyen sûr d’entraîner votre puissance (power) sans frapper, ni blesser vos partenaires d’entraînement, ce qui ne serait pas très judicieux car alors vous n’aurez plus de partenaire d’entraînement pour le lendemain. Quand vous les poussez et qu’ils reviennent, ça va, c’est un bon outil d’entraînement qui permet de pratiquer en toute sécurité. Un entrainement qui ne nous blesse pas mutuellement? Alors je dis oui, je pense que vous devriez pratiquer « fa »? Et non, je ne pense pas que « fa » soit l’objectif de la poussée des mains. Je pense que c’est l’une des compétences les plus élevées, c’est une compétence essentielle.

Je dis souvent que c’est une compétence « d’entrée de gamme », certaines personnes se demanderont ce que je veux dire par là. Ce que je veux dire, c’est que ce n’est pas une « entrée de gamme » comme pour votre premier jour de cours, mais une entrée dans l’interne, tant que vous n’avez pas acquis la maitrise de « fa », vous n’avez pas réalisé l’interne. C’est l’une des bases de l’expression des compétences relevant de l’interne, c’est une porte d’entrée dans les arts martiaux internes. Et il est essentiel donc d’en acquérir la maitrise, cependant ce n’est pas le but de la poussée des mains, en pratiquant la poussée des mains, vous devez avant tout développer « coller, lier, adhérer, et suivre ». J’espère avoir répondu à la question…

 

Question : Lors de la posture debout, pouvez-vous nous parler de l’importance de libérer le muscle du psoas, en particulier dans le processus de la descente du « qi » (sinking the qi) ?

Je ne sais pas, je ne peux pas, vraiment… Relâcher l’ensemble est la partie importante. Je ne me concentrerais pas sur un côté plus qu’un autre. Vous savez, c’est un juste un mot, un peu comme « pleine conscience » et « fascia » : « tout dépend des fascias, tout dépend du psoas, tout est question de pleine conscience… ». Je ne pense pas que ce soit vrai, tout doit être  libérer, tout! Vous devez être relâché au maximum de vos capacités.

Et puis certaines personnes viennent avec leur point de vue occidentalisé  et disent: « c’est des conneries, si vous n’aviez pas de tension musculaire, vous tomberiez et c’est comme … » Bien sûr, il y a une musculature qui vous maintient, et alors?! L’objectif n’est pas d’analyser et d’avoir un document parfait où nous pouvons écrire quels muscles sont utilisés… l’objectif est d’être relâché, et aussi longtemps que c’est humainement possible. Pour ce faire, vous, votre esprit, votre « yi », votre conduite, doit être libérée, relâchée autant que possible. Vous ne devez jamais penser que vous allez faire travailler ce muscle ci et relâcher celui-là, ce n’est pas la bonne méthode. Relâchez simplement autant que possible, c’est tout. C’est ma manière de faire, ne pas se concentrer sur le corps avec la vision occidentale, de manière anatomique. J’ai tendance à utiliser le jargon originel dans le cadre d’originel, et de ne pas penser en termes de sports occidentaux, de science. Simplement « song ».

 

Question : Je me suis efforcé de remplacer la volonté par l’intention de l’esprit, pouvez-vous nous parler de ce processus et y a t-il une place pour la volonté dans l’entrainement ?

Je ne pense pas que vous puissiez faire grand-chose sans volonté. La volonté est essentielle, c’est l’une des principales qualités de l’esprit. Je dirais même que c’est la qualité mentale la plus importante pour notre développement personnel, que ce soit au travers de la méditation ou autre. A mon avis, c’est le plus important.

Dans mon école, nous disons toujours le caractère avant tout. Selon moi, la qualité la plus importante est la volonté. La raison est très simple, avec une volonté développée, vous pouvez développer toutes les autres qualités, sans volonté, il est difficile de développer les autres qualités. Si vous voulez développer la patience mais que vous manquez de volonté, ce sera très difficile de développer la patience. Si vous voulez développer la compassion, mais que vous manquez de volonté, ce sera très difficile de développer la compassion. La volonté est une qualité essentielle de l’esprit. Je ne pense pas que vous puissiez vous lever le matin pour vous entraîner sans elle… Vous devez utiliser toutes ces qualités ensemble. Et la première et l’essentielle des qualités qui doit être développée, adoptée et accrue est définitivement la volonté.

Quant à l’intention, je suppose que vous voulez parler du « yi ». C’est aussi à développer, il y a des façons de le faire, mais vous ne pouvez pas le faire sans la volonté non plus. Sans volonté, vous ne pouvez rien faire. Découvrez ce qu’est la vraie volonté et développez-la, sans cesse.

 

Question : pouvez-vous s’il vous plaît nous donner des détails sur « fajin », comment développer ce « jin » spécifique?

Aucun « jin » ne peut être entrainé en un « jin » spécifique, dans le sens qu’il y ait une méthode ou une technique pour développer ce « jin ». Ca ne fonctionne pas comme ça. Vous devez les intégrer dans un ensemble de compétence. Il y a des méthodes à savoir, comme des connaissances basiques, comme la triangulation de nombreux vecteurs, comme tromper ou piéger votre partenaire. Et ça marche. Mais à mon avis, ce n’est pas la conséquence du « jin ». Pour cela, nous devons nous efforcer d’être plus « song », plus vous êtes relâché, meilleur sera votre « nei jin ». « Song » n’est pas une qualité qui peut être atteinte, c’est seulement une qualité relative. Au sujet de « song » », vous ne pouvez jamais savoir si vous êtes « song », vous saurez si vous êtes « song » en entrant en contact avec l’autre. Et si vous pensez que vous avez fait le tour, que vous avez un bon niveau, que vous êtes « song », que votre entraînement est merveilleux, un jour vous rencontrerez quelqu’un de très doué et… vous serez raide comme une planche! Vous êtes sûr que vous êtes relâché, «song », vous êtes là sans tensions, on vous pousse très légèrement, seulement d’un cheveux et… bang! Vous êtes raide ! Parce que « song » est relatif.

Quand vous poussez avec les meilleurs à plusieurs reprise, plus « song » que vous, au moment où vous entrez en contact eux, vous devenez raide, en d’autres termes, vous devenez des cibles faciles  pour eux, ils n’ont pas besoin d’utiliser les vecteurs, la triangulation ou toute autre ruse. Parce que vous êtes comme un morceau de bois ou comme un meuble pour eux, mais eux sont libres. C’est l’une des compétences que « song » vous confère. Bien sûr, ce n’est pas « song » seul qui vous l’accorde, c’est votre « ting »,  « yi », etc…, vous avez besoin de tout cela. Mais c’est probablement la qualité primordiale que développe le « nei-jin », donc pensez « nei-jin ». Trop penser en termes techniques, est à mon avis une erreur. Il y a quelques astuces le long du chemin, une méthode donné qui vous aident à obtenir des vecteurs corrects ou quelconque stratagèmes qui vous feront progresser de plus en plus. Mais d’après mon expérience quand vous atteignez un certain niveau de « song », quand vous poussez avec quelqu’un, ils sont instantanément noués (node), ils sont instantanément coincés, et la raison est simplement parce que leur « song » n’est pas comparable au vôtre. Maintenant, si vous entrez en contact avec quelqu’un au même niveau de « song », ça ne va pas arriver comme ça par le saint esprit du Kung Fu, ça ne marche que si tu es meilleur que l’autre.

 

Question : Que pensez-vous de l’énergie, Qi ? Il y a tellement de point de vue différent…

La question est trop large…

Vient-elle de la terre en traversant le corps, ou descend-t-elle d’en haut en traversant le corps vers la terre ?

Tous deux corrects sont exacts. Il y a différents types de « qi », le « qi » de l’homme, de la nature, du ciel, etc… Il y a plusieurs « qi », et quand on vous dit que c’est une quelque chose d’unique, c’est une tromperie.

Il y a le « qi » lié à l’acupuncture qui est utilisé dans les pratiques médicinales, le « qi » développé dans les arts martiaux et autres. Sont-ils connectés? Absolument oui! Sont-ils les mêmes ou pas? Encore une fois, difficile de répondre si ce n’est pas spécifique. Il y a des personnes dans le monde du Tai Chi, dans le monde des arts martiaux internes qui croient tout simplement au « qi ».

Notre expérience gouverne nos croyances ou nos idées. Je voudrais y croire, sans expérience, soit. Cependant, quand nous nous enfermons dans quelque chose  sans expérience, nous barrons la route devant nous. Et c’est triste, parce que vous cessé immédiatement toute évolution, le « qi » est essentiel dans le Tai Chi Chuan, c’est le Tai Chi Chuan qui nourrit le « qi », le développe, accroit le « qi » et met en mouvement le chi dans le corps. Je ne ferais pas de  grande déclaration sur ce qu’est le « qi », ce serait une erreur.

Au fil des années, j’ai beaucoup réfléchis à ce que sont vraiment ses aspects ou ses composants. En termes de Tai Chi Chuan, certaines personnes pensent que c’est la pression à l’intérieur du corps, ce n’est pas la pression à l’intérieur du corps. Certaines personnes pensent que c’est l’étirement des tissus musculaires, ce n’est pas l’étirement des tissus musculaires. Ce sont des choses qui arrivent dut à l’accumulation du « qi ». Je dirai que le « qi » est intimement lié à l’information et le « qi » transfère l’information, c’est probablement la chose la plus essentielle. C’est essentiel pour toutes les différentes sortes de « qi », que l’on parle du « qi » que nous accumulons dans le « dantien » pour les arts martiaux, du « qi » courant à travers les méridiens et du « qi » que nous émettons en dehors du corps, du « qi » qui affecte les choses à distance. Tous partagent cette qualité du transfert de l’information.

J’espère avoir aidé. Je sais que ce n’est pas une réponse simple, ou une traduction, J’ai préféré ne pas donner de réponses du type traduction. Nous préférons simplement utiliser le mot « qi » plutôt que de le remplacer par un autre mot occidental, avec les idées que nous avons attachées à ce mot.

 

Question : si « amusant » (fun) est le mot correct. Comment vous amusez-vous avec votre forme ?

Pratiquer la forme est un travail pour moi, la plupart du temps c’est le meilleur travail. Et je me concentre généralement sur quelque chose que je fais mal, ce que je ne trouve pas amusant. Mais en vous concentrant sur ce que vous faites bien, vous vous amusez… en vous concentrant sur ce que vous faites mal, ce n’est pas la chose la plus amusante au monde.

Cependant, comment pouvez-vous améliorer vos compétences en vous concentrant sur ce qui est amusant. Maintenant quand c’est amusant, ça ne devient jamais ennuyeux. L’entraînement pour la progression est parfois amusant, mais parfois non. Je trouve le Tai Chi Chuan très amusant mais je ne dirais pas que je trouve la pratique de la forme amusante, je la trouve très gratifiante, je la trouve sans aucun doute intéressante et stimulante, et fastidieuse. Sont-ils amusants ?! Non ils ne le sont pas. S’amuser 24 heures par jour serait horrible, ce serait de la torture, ce sera du tourment. Vous avez besoin de… jouer avec les compétences (qualities), parfois c’est difficile, parfois stressant,  parfois amusant. Tout ça fait partie de la danse de la vie, si on a prenait du plaisir tout le temps, ça deviendrait une torture. Tout ce qui est maintenu devient torture. Un massage est agréable pendant 10 minutes, 20 minutes, une heure, voire deux heures. Mais si vous vous faites masser pendant cinq, six, sept, huit heures, je vous garantis que çà tournera à la torture. Donc, je ne pense pas qu’il soit juste de vouloir une qualité (quality) unique en tout. J’espère que cela répond à la question, c’était un peu difficile pour moi, et pas habitué de penser en termes d’amusement. Ce n’est pas vraiment quelque chose qui me vient à l’esprit, j’espère avoir aidé…

 

Question : Vous avez dit tout le corps est comme une main, ting jin, pouvez-vous éclaircir cette idée ?

J’ai repris cette expression des générations précédentes, le corps entier est une main, c’est ce que dit un classique du tai chi chuan, cela signifie simplement que lorsque vous poussez avec un expert en Tai Chi Chuan, ils ont le contrôle, vous entrez en contact avec ma main, je vous contrôle, vous entrez en contact avec ma poitrine, je vous contrôle. Vous me prenez de dos, vous avez posé la main sur mon dos, vous pensez que vous avez mon dos… mais, mon dos touche votre bras, de sorte que tout le corps peut « na » (céder), peut neutraliser, peut contrôler, peut « fa » (émettre), à partir de n’importe quel point du corps. Lorsque tout le corps est coordonné, tout le corps peut absorber, tout le corps peut « fa » (émettre), peut transformer, tout le corps peut « na » (céder), et saisir. Le corps entier peut attaquer, le corps entier peut reculer, le corps entier peut frapper. Toutes les compétences (qualities) de l’art se manifestent à travers le corps entier, en opposition à la main seulement. Si je ne peux frapper avec la main, et que vous me touchiez à n’importe quel endroit, ce point peut riposter immédiatement. C’est l’une des manifestations de l’acquisition de certaines compétences du Tai Chi Chuan. Maintenant, c’est incroyablement pratique pour des raisons évidentes, et c’est très amusant.

En relation avec la question précédente, la façon d’y parvenir est de suivre la méthode correctement et de ne pas utiliser  de « Li », ou une force extérieure, ou une force stupide qui est habituellement prise dans les épaules et les bras. Libérez le corps en entier, et non pas en vous concentrant sur chaque muscles individuellement, mais relâcher tout. Nous devons traitez le corps entier de la même manière, et lorsque vous traitez le corps dans son entier de la même façon, vous atteignez des aptitudes (skills) qui se manifesteront dans tout le corps. Et alors tout le corps devient une main.

 

Question : Quand vous dites « couler » (sinking) le « qi », cela arrive-t-il par la relaxation ou recommandez-vous de suivre la respiration, ou des visualisations, etc… … et nous avons aussi une question de quelqu’un d’autre au sujet des consignes sur le relâchement quand nous pratiquons le « nei gong » en posture debout ?

Les consignes pour le relâchement, je vous suggère pour cela de vous entraîner avec quelqu’un qui vous dira quoi faire. Je ne vais pas enseigner cela, je répondrais à des questions générales plutôt que des questions spécifiques sur ma méthode… Tout dépend de la méthode que vous suivez, si vous suivez la méthode de quelqu’un d’autre, suivez exactement la façon que l’on vous enseigne, si vous suivez ma méthode, vous suivez exactement la façon dont j’enseigne. Former quelqu’un à cette méthode implique que vous suiviez exactement le chemin que je dis de faire, si vous suivez ma méthode, vous suivez la façon dont j’enseigne. Vous devez suivre la méthode de votre professeur. La maladie du Kung Fu s’appelle « Chop Suey », la méthode de mélanger les méthodes, ne mélangez pas les méthodes. Suivez la méthode de vos professeurs.

(Réponse à la première partie de la question…)

Encore une fois vous devez suivre la méthode de votre professeur. Cependant, je ne recommande pas la visualisation. Je recommande fortement de ne pas pratiquer la visualisation. A mon avis, nous devons aussi pratiquer pour comprendre et pénétrer la réalité, et ne pas encombrer le mental en fabrication et illusion. La visualisation par son essence même, par sa définition même, est illusion, imagination, ce n’est pas réel.

Je pense que vous devriez travailler directement avec ce que nous avons ici et maintenant, et le libérer. Donc plus vous êtes « song » et plus vous libérez de choses. La raison pour laquelle « sink » est simple, est parce que la gravité est toujours présente.

Si je devais prendre ce verre d’eau (A.Mizner saisit le verre près de lui), que je n’arrête pas de boire parce que je n’ai jamais parlé autant de toute ma vie et que maintenant ma bouche est sèche, et si je devais le lâcher, le laisser tomber, et bien il tomberait et se briserait sur la table. Je n’ai pas besoin de le vouloir pour qu’il tombe, je n’ai pas besoin de le visualiser tomber ou quoi que ce soit d’autre. Ca va simplement arriver à cause de la gravité, donc c’est la même chose pour « sink », c’est tout. Si vous maintenez votre structure, et relâchez, « sink » s’opère. Maintenant, où vous reposez l’esprit,  l’énergie s’accroîtra pour s’enfoncer (sink) dans cette direction. S’appuyer sur l’esprit n’est pas la même chose qu’imaginer ou visualiser. C’est plus un aspect de la sensibilité ou de la sensation dans le corps. Le « nei-gong » concerne la sensation, la sensibilité, et non la visualisation.

Aucune des pratiques que j’enseigne n’implique de visualisation. Dans le « nei-gong », il y a de la méditation, mais même en méditation je ne la recommande pas très régulièrement. Nous devons rester loin de trop de fabrication mentale. Si nous visualisons trop régulièrement, si nous devenons extrêmement habiles en visualisation, j’ai vu cela, vous devenez si bon que vous ne faites plus aucune différence entre le monde de la fabrication mentale et le monde réel,  et ce qui par définition est une maladie mentale. Je suggère de rester avec la réalité en restant connecté avec le corps et l’esprit, alors concentrez-vous sur « song ».

 

Question : Pourriez-vous nous parler un peu de la nature et de l’importance de l’intégrité dans notre art ?

C’est quelque chose dont je parle régulièrement, je suppose que vous avez dû venir à l’un de mes ateliers ou autre. A mon avis, l’intégrité est la qualité essentielle qui va de pair avec la volonté. Qui peut prédire l’acquisition des compétences ou leur absence. Plus important que cela, c’est la qualité essentielle de votre caractère, ce qui est beaucoup plus important que les compétences. Mais en conformité avec l’entrainement… En pratiquant la poussée des mains vous développez « coller, lier, adhérer, et suivre » … aucune interruption (to butt in), aucune déconnexion … s’interrompre (to butt in) est la réponse/combat (1), se déconnecter est la réponse/fuite (1) … deux comportements fondamentaux inscrits  dans votre cerveau et votre corps, et l’enseignement du tai chi vise à transcender les deux … de sorte que vous puissiez réaliser l’équilibre, la faculté de « coller, lier, adhérer, et suivre », le yin yang, le taiji quan… Donc c’est seulement par une véritable intégrité que vous pouvez y parvenir.

Cheng Man Ching parle d’investir dans la perte, ce qui signifie pour moi que nous devons investir dans la méthode telle qu’elle nous est transmise par notre enseignant et nous ne devons pas investir dans la victoire, dans le moment donné pour gagner, c’est faire la méthode correctement. Généralement vous y serez plutôt confronté dans la pratique avec partenaires, que dans la pratique en solo. C’est facile de penser que vous êtes « song », relaché, quand vous êtes confortable avec vous-même, mais lorsqu’une deuxième personne vous touche, vous êtes raide et vous vous débattez pendant que vous vous déconnectez, vous réalisez que vous n’êtes pas ce que vous pensiez être, la visualisation à fait son travail. Donc si l’exercice est de céder et de tourner à droite, et que vous faites l’exercice un millier de fois, et que vous cédez et tournez à droite un millier fois, vous avez essayé de suivre la méthode correctement, C’est cela l’intégrité, c’est cela la sincérité envers l’art.

(1) https://fr.wikipedia.org/wiki/Réponse_combat-fuite

 

Question : Utilisez-vous le Tera  Vaada comme cadre de référence dans votre pratique du Tai Chi?

En tant que cadre de référence, la pleine conscience de la félicité de notre corps vient en premier. Bien sûr, nous devons être attentifs aux sensations corporelles et ainsi de suite tout au long du chemin. C’est comme ça que nous pouvons les utiliser. Dans le Theravada il y a une théorie et une méthode pratique. Dans le Tai Chi Chuan, nous avons une méthode théorique et une méthode pratique.

Nous nous concentrons sur « song », qui est évidemment une qualité physique du corps, et la pleine conscience. Vous ne pouvez pas ressentir sans attention, nous avons besoin de « ting », de plus la pleine conscience est la qualité principale pour y arriver.

Après je n’utilise pas spécifiquement le theravada comme contenu ou comme structure. Quand j’enseigne le Tai Chi Chuan, j’utilise la structure du Tai Chi Chuan et son contenu. Et j’utilise le Theravada, ce qui inclut son cadre de référence, quand j’enseigne la méditation Theravada.

Y a-t-il chevauchement? Absolument! La vérité est la vérité. Et peu importe quelle tradition vous pratiquez, la vérité est la vérité. Je n’aime pas trop être catégorisé de façon sectaire ou spécifique, vous savez, ces fameuses cases… Je me soucie de la pratique, peu m’importe d’où provient une bonne pratique, la période, l’authenticité, c’est-à-dire que  le système de croyance, l’idéologie et tout ce qui s’y rattache, ne m’intéresse pas du tout.

Alors oui et non, c’est là, parce que c’est une vérité universelle, je parle, je me concentre dessus, j’y pense… Mais quand je pratique le Tai Chi Chuan, je ne le fais pas. Fût un moment où je l’ai fait, il y a plusieurs années, quand je mixais plus que je ne le fais maintenant. Mais l’expérience m’a appris à ne pas mélanger les pratiques, jamais!

Je n’ai jamais mélangé ces choses. Je vais aborder le sujet. Maintenant je suppose que mélanger les pratiques est une chose humaine et naturelle, parce que nous pensons tous que nous sommes assez intelligents, et que sommes assez malins pour y parvenir.

Et nous suspectons tous nos professeurs de ne pas tout nous dire. Alors nous appliquons notre intelligence très limitée à un problème qui est beaucoup plus grand que nous. Alors que nous devrions réellement avoir foi dans la transmission et l’intelligence des générations avant nous, pas simplement des personnes.

Mais beaucoup de gens cherche à atteindre les sommets, donc je dis toujours que vous ne devez jamais mélanger les pratiques. Cela m’a été raconté par un de mes amis qui est aussi professeur et m’a dit: « Adam ne mélange pas les pratiques ».  Jusqu’à ce jour, j’avais mélangé les pratiques et j’avais même une certaine habileté. Mais quand j’ai cessé de mélanger les pratiques, j’ai énormément progressé. J’ai commencé à progresser tellement plus vite en arrêtant de penser que j’étais intelligent, tu n’es pas intelligent, je ne suis pas intelligent, aucun de nous n’est assez intelligent. Le problème du Tai Chi Chuan est plus complexe et plus grand que n’importe lequel d’entre nous, nous devons donc garder les pratiques séparés.

Une expression que j’aime utiliser, c’est dire que le tai chi chuan est comme un beau diamant. Un diamant à multiples facettes, des centaines de facettes différentes, toutes sont des compétences et exercices différents. Quand nous nous entraînons à un exercice, nous polissons patiemment une facette du diamant. Donc nous devons polir chaque facette comme celle de la descente du chi (sinking the chi) et ainsi de suite… « Song Gong » est le polissage de la facette « song ». Nous les polissons  chacune séparément, sans les mélanger, cela signifie de ne pas mixer les pratiques au sein d’un même système. Mélanger les pratiques provenant d’un autre système est totalement hors de propos. Vous devez polir une facette puis la facette suivante. Et au fil du temps nous héritons donc d’une transmission complète.

Lorsque nous polissons chaque facette du diamant, chaque facette se reflètent les unes sur les autre, de cette façon son éclat devient plus lumineux, une facette rend l’autre facette plus belle, plus radieuse, et vous vous retrouvez avec un bijou inestimable, et ce joyau inestimable est appelé Tai Chi Chuan.

Quand on ne respecte pas cela et que l’on mélange les pratiques, c’est comme si on polissait le tout en même temps en arrondissant tous les bords, et alors l’on détruirait ce joyau qui deviendrait un déchet sans valeur. Aucune des facettes ne pourra se refléter et vous perdez tout son éclat. C’est ce que font les gens quand ils mélangent les exercices. Basiquement, ils pensent prendre de l’avance mais se retrouvent avec des compétences contrefaites. C’est très difficile et il faut de la sincérité et de l’intégrité, être honnête avec vous-même, et simplement suivre la méthode et ne pas mélanger les pratiques. Je le recommande fortement, si vous pouvez vous efforcer et développer la volonté de le faire.

 

Question : Lors de votre formation en ligne, reprenons nous votre forme de style yang depuis le début ? Et avez-vous un programme  sur les principes de la poussée des mains conçu pour les étudiants avancés ?

Si vous voulez suivre ma méthode, oui, vous devez la faire depuis le début. La plupart de mes étudiants seniors font du Tai Chi Chuan depuis plus longtemps que je ne suis en vie. Ils connaissaient déjà plusieurs formes et la dernière chose qu’ils voulaient faire était d’apprendre une nouvelle forme, je comprends parfaitement… Tous ont fini par abandonner leurs formes d’art et embrasser la forme que j’enseigne.

Ce n’est pas à cause de l’enchainement, n’importe quel enchainement pourrait faire l’affaire. C’est à cause de la façon dont vous bougez et de la façon dont vous pratiquez les formes. La forme ne se pratique pas comme une simple série de techniques, dont le développement des compétences internes se ferait séparément. C’est totalement incorrect et beaucoup de gens essaient de le faire comme ça.

« Je vais utiliser les compétences internes de … », ils viennent à un atelier et ils se disent : « Je vais apprendre le « fajin » d’Adam et puis je l’intégrerais à mon propre style, dans mon « Chen », ça ne marche pas comme ça. On ne peut pas travailler comme ça, on ne travaillera jamais comme ça. Si vous finissez par utiliser les méthodes internes que j’enseigne, votre forme finira par ressembler à la forme que j’enseigne.

Si ce n’est pas le cas, vous n’utilisez pas les méthodes. Parce que ce sont les méthodes internes qui font que la forme est ce qu’elle est. Donc elles ne peuvent être séparées. C’est la façon dont le « qi » est mobilisé dans la forme qui façonne ce qu’elle est, qui fait de votre mouvement ce qu’il est, et qui s’applique aussi à la poussée des mains.

De la même manière beaucoup de gens m’interroge sur l’efficacité, et même me demande de leur enseigner « FaJin ». Et je ne peux pas m’empêcher de rire hystériquement à chaque fois, parce que chaque étape vous enseigne « Fajin », chaque étape vous enseigne toutes les compétences, parce qu’elles sont interdépendantes, toutes les facettes du diamant se reflètent l’une l’autre pour enfin donner naissance au précieux joyau.

Vous ne pouvez pas prendre une partie et la séparer. Les compétences avancées dans la poussée des mains sont enseignées dans les cours, mais il est impossible de les faire sans les fondamentaux. Et je dirai même que c’est impossible de faire ce que j’enseigne avec les fondamentaux d’un autre système, qui serait ce que nous appelons un « Chop Suey » (1), un simple mélange, chose que je ne recommande certainement pas. Cela conduit toujours à cette immonde ordure que l’on vous sert dans les restaurants américains et que nous appelons cela pour cette raison,  chose que nous devrions jeter.

(1) Le chop suey est un mets américano-chinois composé de viande, cuite rapidement avec des légumes tels que des germes de haricot, du chou, du céleri et lié à une sauce épaissie à l’amidon.

Question : Pourriez-vous nous expliquer les six niveaux de « song » ?

Il faudrait une conférence entière, j’aborde ce sujet dans le livre que je suis en train d’écrire, donc je ne veux pas vraiment développer… S’il vous plaît, pardonnez-moi. Parce que je ne veux tout simplement pas donner toute les informations du livre, sinon je ne serai plus en mesure de le vendre plus tard. Donc si nous voulons vendre le livre, je vais passer. Désolé!

 

Question : Pourriez-vous nous raconter une histoire au sujet de  Huang Shen Shyan ?

Une histoire ?! Ok, réfléchissons. Ceux d’entre vous qui me connaissent personnellement savent que je suis totalement incompétent quand il s’agit de connaître les noms dans les lignés de maîtres et les célébrités du kung-fu, et que je passe plus mon temps debout à faire pratiquer plutôt qu’à lire sur le sujet. Je n’en ai vraiment pas beaucoup, désolé!

 

Question : En Tai Chi, devrions-nous porter beaucoup d’attention sur le Dantien supérieur, quel est son rôle dans cet art?

C’est intéressant, je veux d’abord parler du « dantien » d’une manière générale, parce que c’est un autre de ces mots que vous connaissez où les gens y accolent toute sorte de choses, qui sont des termes techniques, avec un sens technique et qui sont souvent incompris, et c’est comme cela dans n’importe quel domaine d’étude.

Certaines personnes pensent que les « dantien » sont comme les chakras, quand ils les mettent en corrélation avec les chakras, le « dantien » inférieur est le chakra du nombril et le chakra du nombril est le « dantien » inférieur. C’est un point de vue assez commun, c’est encore comme cette méthode de mixage, le Chop Suey…

Ce n’est pas la même chose. Maintenant vous êtes né avec des chakras, vous n’êtes pas né avec les « dantien ». Le « dantien » doit être développé pour qu’il soit rempli de l’élixir… Alors oui, vous êtes né avec un champ en bas, il y un espace en bas, il y a quelque chose en bas. Mais il n’y a pas d’élixir, l’élixir doit être développé, il doit être cultivé au fil du temps.

En Tai Chi Chuan, nous nous concentrons principalement sur le développement du « dantien » inférieur. Il y a façons spécifiques de le faire, et c’est en fait plus avancé que la plupart des gens ne le pensent. En général, ce que j’ai observé, c’est que les gens parlent du Dan Tien et ils imaginent habituellement un point, peut-être le point « qi hai », le point du nombril, le point d’acupuncture qui n’est pas le « dantien ». Ou peut-être qu’ils parlent juste de la taille, ce qui est excellent, la taille doit être utilisée, c’est très important pour le tai chi chuan, mais ce n’est pas le « dantien ». Vous avez tendance à voir beaucoup de ces deux façons, mais ce n’est pas le vrai « dantien ». Le « dantien » doit être développé par des exercices séparés, encore plus pour le « dantien » supérieur, ce ne sont pas des qualités innées.

Je voudrais aussi dire que le « shen » doit s’élever, doit être contenu à l’intérieur. Nous pourrions dire qu’il est en corrélation avec le « dantien » supérieur mais je ne le ferais certainement pas. Concentrez-vous sur un point au milieu de la tête pendant que vous pratiquez le Tai Chi Chuan. Ce sont des méthodes extrêmement sophistiquées et techniquement de haut niveau. C’est comme les gens qui s’interrogent sur shen, et ce qui leur manque. Ils sont toujours coincés avec le « li » dans le corps.  Quand vous avez abandonné le « li », vous commencez à comprendre le « jin », c’est le premier niveau. Le premier niveau est la compréhension du « Jin », c’est important de comprendre cela.

Si vous ne pouvez pas produire le « Jin » librement et à volonté, ne vous préoccupez de rien au-delà du Jin, commencez à vous soucier de « yi » et « qi » et « shen », serait fou. Ne mettez pas la charrue avant les boeufs. Presque personne n’est au niveau un, nous devons nous entraîner au niveau un. Mais c’est ce qui est arrivé au Tai Chi Chuan, le niveau un est maintenant considéré comme un niveau élevé. Certains possédant le « jin » pensent qu’ils sont bons, c’est triste, c’est le  niveau un. Nous n’avons pas besoin de nous en inquiéter, que ce soit du « yi », encore moins du «qi » et encore beaucoup moins du « shen ». « dantien » supérieur étant concerné par « shen », je veux trancher la question. Je pense qu’il est très important d’être pratique et d’avoir des connaissances basées sur comment nous pouvons fonctionner et développer des compétences, parce que le simple fait de pouvoir parler de ces choses ne sert vraiment personne. Et il y a déjà assez de gens qui parlent de ces choses bien au-delà de leur compréhension et de leur expérience, ce qui inévitablement à chaque fois fausse l’information, même s’ils pensent que c’est juste et qu’ils font de leur mieux. Parce que nous ne pouvons pas parler de choses que nous n’avons pas connues. Je ne m’inquiéterais pas à ce sujet, mais excellente question…

 

Je pense qu’il est temps pour aujourd’hui, merci d’avoir été là! Si vous avez aimés et appréciés, laissez quelques commentaires et si vous ne le faites pas c’est cool aussi. Nous allons voir si les gens ont aimés et peut-être que nous reconduirons l’expérience, parce que cela est parfois bien plus pratique que de répondre aux questions en privées tous les jours.

Merci de nous avoir rejoints !

 

Stage du 13/01: étirer pour rassembler

Une des spécificité de l’Aunkai réside dans son mode d’utilisation du corps: contrôler le corps connecté à partir de « juji » (la croix formé à l’intersection colonne/ligne d’épaules) en utilisant le centre comme « moteur ».

Pour en arriver là, il est nécessaire d’étirer le corps dans les 6 directions (pour créer les lignes d’étirement nécessaire au contrôle) mais aussi d’utiliser ces étirements pour comprimer vers le centre et faciliter le mouvement à partir de celui ci. C’est cet aspect « d’étirer pour rassembler » que nous allons aborder à ce stage.

Pour bien le comprendre un exercice simple: mettez les bras en croix parallèles au sol, paumes des mains vers l’avant et étirez (sans contraction musculaire excessive) dans les directions haut/bas et gauche/droite. Demandez à un partenaire de baisser vos bras à partir du coude, la résistance que vous serez capable de lui opposer devrait être conséquente mais pas suffisante.  A présent imaginez que plus vous vous étirez plus vous comprimez vers l’intérieur (ce n’est pas qu’une visualisation, physiquement une sensation très claire est associée), répétez le test, vous verrez qu’à moins de se pendre à vos bras, votre partenaire sera incapable de vous bouger.

 

Un exemple encore plus simple « unbendable arm »

Le but de la formation du corps dans l’Aunkai réside dans cette capacité à étirer/compresser et à bouger avec ces paramètres. Un des exercices emblématique de cette capacité est Shintaijiku (que nous allons forcément aborder).

Une image qui montre bien "juji" à l'intersection des axes

Une image qui montre bien « juji » à l’intersection des axes

A bientôt !!

Stage du 16/12: Compression-Expansion

Dans les arts du relâchement, certaines aptitudes apparaissent plus facilement que d’autres. Le cheminement classique du pratiquant commence souvent par comprendre comment « faire rentrer » les contraintes qui s’appliquent sur le corps (une poussée par exemple), plus précisément comment transformer une force plus ou moins horizontale en une force verticale redirigée vers le sol (et donc neutralisée).

Une illustration du travail de formation du corps à la redirection horizontale-verticale: le tuishou

Une illustration du travail de formation du corps à la redirection horizontale-verticale: le tuishou

(Notez au passage les alignements corporels des deux pratiquants)

Une fois cette étape bien intégrée, le corps est normalement suffisamment « pétri » pour permettre d’utiliser la gravité afin de générer une force, c’est là que les choses se diversifient considérablement et que les styles se distinguent.

C’est une de ces utilisations que nous allons étudier: la compression-expansion où la capacité par le relâchement à « comprimer » le corps pour créer ensuite une onde de relâchement (d’expansion).

Stage du 02/12: « Bouger avec le lourd »

La question qui revient souvent à l’entraînement (ou sur la plupart des forums sur les arts martiaux) est la suivante: « si je ne dois pas mobiliser de force musculaire dans mes mouvements (en tout cas pas plus que l’absolu minimum), d’où vient la force ? »

Mon hypothèse (en tout cas celle que j’arrive à présent à illustrer) est que le pratiquant « interne » utilise une force universelle, présente en permanence (luke sort de ce corps !): la gravité.

Arrivé à un certain niveau de relâchement, la perception du corps devient celle d’une espèce de conduit reliant le sol au point de contact avec le partenaire. Le contact avec le sol est perçu comme lourd (un peu comme si vous portiez des semelles en plomb) et c’est cette force qui se transmet à travers le corps vers le partenaire, d’où l’expression « bouger avec le lourd »

Pour illustrer ce principe, imaginez que vous portez une boule de bowling au dessus de la tête. Si vous la lâchez sur un partenaire, vous allez générer un impact conséquent sans pourtant utiliser de force musculaire. Imaginez à présent que la boule de bowling c’est en fait votre tête (une des parties les plus dense du corps) et que la force générée par le relâchement vers le bas puisse être redirigée à travers les membres: c’est une des manière de générer de la force dans les arts internes.

Cette image permet de comprendre un des enjeux central dans la pratique des arts « internes »: comprendre comment s’applique la gravité sur le corps du pratiquant.

 

DK YOO propose un travail à mi chemin entre koshi wari et zhan zhuang

DK YOO propose par exemple un travail à mi chemin entre koshi wari et zhan zhuang (posture très large et ouverte pour travailler l’ouverture du bas du dos)

 

Une illustration de zhan zhuang, autre exemple de travail postural

Une illustration de zhan zhuang, autre exemple de travail postural

Stage du 18/11: Comment travailler le corps pour le relâcher

La question du relâchement est centrale dans…. les arts du relâchement. D’apparence (est c’est le premier piège), le pratiquant pourrait penser « qu’il suffit » de se détendre pour progresser ce n’est malheureusement pas aussi simple.

Premier point, le relâchement est un état de corps, pas un état d’esprit, cela signifie qu’il ne suffit pas de se vouloir relâché pour l’être. Deuxième point qui découle du premier, c’est un travail constant (quotidien) car les tensions ont tendance à « s’accumuler » tout simplement en raison de notre vie de tous les jours (travail sur un poste peu ergonomique, mauvaise habitudes posturales, impact du stress sur les tensions musculaires etc etc). Troisième point, il n’y a pas d’effet de seuil, de ligne d’arrivée, de point à atteindre dans le travail du relâchement, il reste toujours une tension (aussi infime mais malheureusement néfaste soit elle) à effacer, le travail continu est donc nécessaire.

Pour y parvenir et selon l’école pratiquée, trois moyens s’offrent aux pratiquants:

  • Les exercices dédiés solo ou à deux (tanren, song gong, tuishou, kunren etc)
  • La technique, qui devient alors un tanren-waza. Maitre Sagawa disait d’ailleurs à ce propos: « Au final, le but de nos techniques est la création du corps Aiki« . Au delà du geste martial l’enjeu est aussi de former le corps (pour avoir justement de moins en moins besoin de la technique pour être efficace)
  • La pratique de la forme (kata etc) qui assure souvent la transition entre la construction du corps (statique) et le mouvement à visée martiale.

 

photo-2-copie-11Différents furibo, un classique de la formation du corps dans la tradition martiale japonaise

Au delà de la nature des exercices, le plus important reste la qualité de ceux ci. En d’autres termes tant que vous travaillez dans la bonne direction (mais elle est très subtile) peu importe la nature de votre pratique (si tant est bien sur qu’elle tende au relâchement). Ce sera probablement le sujet de mon prochain article !

A très bientôt.

Stage du 28/10: Prendre le contrôle

Une manière intéressante de définir un art martial consiste à identifier son « effet tactique majeur »: percuter, projeter, contraindre, amener au sol etc. Dans la plupart des arts martiaux, sports de combat etc, cet effet est particulièrement lisible (le judo n’est pas un art de percussion par exemple) et l’opposition qui en découle se résout à partir de quelques paramètres: force, masse, vitesse, technique.
En résumé, c’est le plus lourd, rapide, fort et technique qui l’emporte quasi systématiquement.
Sagawa sensei, dont le niveau dans cette capacité est sans comparaison

Sagawa sensei, dont le niveau dans cette capacité est sans comparaison

La particularité des arts du relâchement réside dans leur capacité à dépasser ce cadre « classique » de l’antagonisme, c’est d’ailleurs la condition sine qua non à leur efficacité: ils neutralisent les capacités de l’adversaire. Le combat dans ces disciplines ne consiste donc pas à être plus fort ou plus rapide mais plutôt à empêcher l’adversaire de se servir de sa force ou de sa vitesse.
La grande question est comment y parvenir ? Cette capacité (souvent auréolée d’un mysticisme énergético-gélatineux) réside dans la capacité à « embarquer » le partenaire dans son propre relâchement pour le faire flotter. Plus concrètement, lorsque vous prenez le contact avec l’adversaire et que vous relâchez très profondément, ce relâchement va générer un effet d’élévation chez l’adversaire qui va le couper de ses appuis neutralisant ainsi plus ou moins complètement ses capacités à se déplacer ou même à conserver son équilibre.
MAJ au 28/10: quelques photos
IMG_5907 IMG_5901 IMG_5894 IMG_5893

Stage du 14/10: Bouger par le relâchement

Le sujet de ce qu’est de « l’interne » versus de « l’externe » reviens fréquemment sur les tatamis avec le plus souvent des définitions pour le moins approximatives. Avec le temps, j’en suis arrivé à une définition toute personnelle qui se résume au principe suivant: dans « l’interne » c’est le relâchement qui génère le mouvement et le mouvement qui génère la force. J’évite donc le plus souvent de parler d’interne vs externe au profit des « arts du relâchement » vs les « arts en contraction ».
Pendant longtemps j’ai cru que je devais bouger en étant le plus relâché possible et c’est une erreur, je me suis retrouvé à faire du « Waza mou » de la technique faite sans explosivité face à des attaques ultra complaisantes. Le principe des arts du relâchement se situe au delà: dans la génération du mouvement par le relâchement et non pas avec du relâchement et c’est fondamentalement différent.
Shiko par Akuzawa sensei, notez l'absence de tension musculaires

Shiko par Akuzawa sensei, notez l’absence de tension musculaires

Dans Shiko par exemple, c’est bien le relâchement opéré dans un corps étiré selon sa diagonale qui va faire bouger l’ensemble (et pas le fait de tirer sur le bras comme un bourrin comme j’ai pu le faire pendant des années…..)
Le programme de ce samedi va donc tendre vers cet objectif, comprendre comment générer du mouvement par le relâchement. En préambule, nous reviendrons sur comment construire un corps relâché suivi d’un travail avec partenaire pour identifier où se trouve les blocages.
A bientôt !!
MAJ 15/10
IMG_5845 IMG_5847 IMG_5849 IMG_5851