Séminaire d’avril 2014: La vague

Comme toujours, je me suis laissé pas mal de temps pour « digérer » les enseignements de sensei c’est d’autant plus vrai que le contenu du dernier séminaire a été particulièrement riche. Je vous livre les quelques enseignements que j’ai pu en retirer.

Oshiokuri_Hato_Tsusen_no_ZuOshiokuri Hato Tsusen no Zu (bateaux cargo luttant contre les vagues)

Un estampe d’Hokusai (1805) précurseur de son oeuvre la plus connue: sous la vague au large de Kanagawa

L’intention

Une des principales difficultés des arts « internes » réside dans la nécessaire « déprogrammation » des schémas habituels de fonctionnement, je m’explique. Pendant X années de votre vie, quand vous vouliez donner un coup de poing et bien vous vouliez donner un coup de poing et le corps suivait plutôt de l’extérieur vers l’intérieur. En langage clair, ce sont les muscles à la périphérie du corps (pecs, épaules, dorsaux etc) qui génèrent la force et les muscles « à l’intérieur » qui contrebalancent le déséquilibre généré.
Dans les arts internes, c’est l’inverse, la force part du centre et est relayée jusqu’aux extrémités par la structure (le corps connecté), les muscles à la périphérie ne gérant que le « guidage terminal ». Il faut donc désapprendre à vouloir frapper/pousser/tirer etc pour se focaliser sur la conservation de la structure et de la génération de force par le centre.
En quoi les deux sont incompatibles ? Tout simplement parce qu’à partir du moment où vous avez l’intention de pousser, vous le faites vraiment et vous contractez une partie de votre corps qui se déconnecte ainsi du reste.
Une partie du travail en Aunkai réside donc dans une forme d’absence d’intention au profit d’un geste qui se veut le plus neutre possible et surtout qui fait abstraction de l’adversaire. Il faut chercher à traverser sans tenir compte de la résistance pour justement ne pas s’y opposer en force. Cette recherche quand elle aboutit génère une sensation assez particulière, celle de n’avoir rien fait de particulier or c’est exactement l’expression d’un corps connecté.
En résumé c’est quand vous avez l’impression de n’avoir rien fait et qu’il ne s’est rien passé qu’il s’est justement passé quelque chose. Toute la difficulté réside donc dans le fait d’y arriver sans réellement vouloir le faire parce c’est à partir du moment où vous cherchez à générer un effet que celui-ci vous échappe.
Pour y parvenir, le travail des sensations corporelles est fondamental, il faut porter son attention sur ce qui se passe à l’intérieur, le maintien de la structure, laisser couler et traverser l’adversaire comme si il n’existait pas. Sensei évoque régulièrement cet aspect que j’ai pendant longtemps mal compris, il ne faut pas que le coup de poing traverse l’adversaire mais que l’expression de la structure se porte au-delà d’un adversaire qui n’existe pas. C’est à ces conditions que l’intention se vide et que le corps reste connecté.

Le centre

Sans surprise sensei à mis l’accent sur le retrait du menton « en tiroir » pour ramener le poids de la tête à proximité de l’axe central et ainsi amener le poids du haut du corps vers le tandien.
Cet aspect me semble déterminant, plus la statique est contrainte, c’est-à-dire plus la posture est en déséquilibre, plus elle va mobiliser les muscles posturaux pour la compenser, générant ainsi des crispations qui rendent difficiles voire impossible la constitution d’un corps connecté. Parti de ce principe, il faut que le haut du corps repose sur le bas de la manière la plus relâchée possible. La sensation de mobilisation au niveau du Tandien est assez nette quand vous y parvenez.
Du point précédent découle un constat, une des directions fortes de l’Aunkai c’est bien le bas. Amener le poids du haut du corps vers l’arche et plus particulièrement le centre et ce quel que soit le type de contrainte (déplacement, antagonisme, percussion etc) revêt une importance déterminante, d’où la place centrale de Maho et TCJ dans la méthode de sensei.

 
La vague
Concept un peu obscur quand sensei a commencé à l’évoquer, il est en fait « relativement simple » une fois bien intégré (quand le corps est prêt, comme d’habitude). La difficulté pour les anciens a été de comprendre qu’une notion pourtant considérée comme clé dans la méthode de sensei n’était en fait que relative : l’arche.
Les années passées, sensei nous avait indiqué qu’il fallait conserver l’arche en toute circonstances, la chose me semblait claire, il fallait être le plus possible en équilibre, rien de surprenant. Du coup le principe de vague, qui est en fait une translation du centre de gravité, devenait impossible à faire parce que pour bouger le centre de gravité, il faut déplacer la projection du centre de gravité aux extrémités du polygone de sustentation et donc renoncer à l’arche. Lors du dernier séminaire, à force de questions, sensei a fini par nous lâcher que non, dans ce cas précis l’arche n’est pas un inconditionnel, on peut en faire abstraction.
Une fois ce point éclairci, le principe de vague devient accessible, il consiste à accélérer le centre pour utiliser la force ainsi générée à travers le corps connecté. En d’autres termes, le centre de gravité étant relié à l’ensemble du corps à travers la structure, le mouvement du centre va générer du mouvement à la périphérie du corps. L’image peut être celle d’une « wrecking ball » ou boule de démolition (ces engins qui ressemblent à une grue avec une grosse boule au bout d’un câble et qui servent à la destruction des édifices), sensei parle quand à lui  de boule de bowling.

miley_cyrus_wrecking_ballUne « wrecking ball » (la présence de la demoiselle en tenue légère est sans rapport avec mon propos ^^)

Des exercices existent pour travailler cette sensation, pour ma part je pratique régulièrement différents tanren, la vague, la marche en vague, le tanren à la lance « amplifié », les coups de poings aux élastiques (probablement un des exercices les plus intéressant) et surtout le tsuburi proche de STJK.

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Le travail de la vague à deux (notez l’air du type qui essaye de comprendre mais qui ne comprend rien ^^)

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Tsuburi proche de STJK (attention au port de tête, dans mon cas, le regard est trop bas)

 

Et comme toujours, l’Aunkai c’est aussi une belle aventure humaine, un joli témoignage dans la vidéo ci dessous

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J’en profite pour vous annoncer que mon prochain stage est en cours de préparation, le 19 ou le 26 juillet (date encore à déterminer)

A bientôt

Manu

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